Agence Spatiale Canadienne

Date de la visite: 14 février 2019
Auteure: Camille Bizier-Lavery


L’exploration spatiale présente un modèle d’innovation très différent des autres domaines de la robotique. Effectivement, la robotique au service de l’automatisation et de l’industrie 4.0 suit un rythme effréné de développement de nouvelles technologies. L’exploration spatiale quant à elle travaille plutôt avec des technologies qui datent de dizaines d’années auparavant, car elles doivent avoir été testées et évaluées d'innombrables fois pour s’assurer de leur réussite dans l’espace. C’est donc, entre autres, pour cette différence majeure de rythme et d’ampleur de projets qu’il a été pertinent pour notre analyse du secteur de la robotique de visiter l’Agence spatiale canadienne (ASC).

Fondée en 1989, l’ASC regroupe 670 employés et compte à son actif la formation de 14 astronautes canadiens. L’ASC est actuellement très présente au sein de la Station Spatiale Internationale (SSI) notamment grâce à la présence de l’astronaute canadien David Saint-Jacques à bord de celle-ci. Lors de notre visite, nous avons rencontré Dre. Marie-Josée Potvin, ingénieure principale des systèmes, qui est également responsable de l’embauche et de la formation des nouveaux ingénieurs de l’ASC. Nous avons eu la chance de découvrir les technologies développées par l’ASC, les défis auxquels elle fait face ainsi que les enjeux du financement des projets d’exploration spatiale.

Les technologies de l’Agence spatiale canadienne

Satellites
Pour répondre aux objectifs du programme de collecte de données et d’informations sur l’observation terrestre, l’Agence spatiale canadienne a lancé en orbite trois satellites RADARSAT de la deuxième génération qui permettent de recevoir de l’information plusieurs fois en 24 heures. Le projet RADARSAT a plusieurs objectifs dont la sécurité, la surveillance des voies maritimes et la surveillance environnementale. Cette technologie peut permettre, par exemple, d'identifier les zones à risque de famine à cause de l’analyse de la salinité et de la sécheresse du sol détectables par ces satellites.

Bras canadien (Canadarm)
Le bras canadien, un outil indispensable à la réalisation des tâches robotiques de la Station spatiale internationale, est la technologie qui a mis en place la collaboration du Canada avec les États-Unis. La main Dextre, l’une des innovations majeures de l’ASC, positionnée à l’extrémité du bras a pour objectif de réaliser des tâches précises en robotique comme le remplacement de pièces et la maintenance des équipements. Il est en partie contrôlé par un astronaute à bord de la station spatiale, mais la majorité des manipulations se font à partir de la Terre. Un défi de taille pour les nouveaux ingénieurs qui se sont joints au projet a été de s’adapter à la technologie qui a été gardée telle quelle depuis les années 1980.

Rovers
L’Agence spatiale canadienne est un leader dans le domaine de la navigation spatiale et c’est notamment grâce à ses projets de rovers d’exploration qu’elle a obtenu cette place. Ces véhicules d’exploration contrôlés à distance permettent de transporter des équipements scientifiques qui serviront, entre autres, à prélever des échantillons des sols martiens et lunaires.

L’Agence spatiale canadienne participe à de nombreux autres projets dont la recherche sur le corps humain ainsi que le développement d’instruments scientifiques dont le télescope James Webb par exemple.

Les enjeux et défis de l’exploration spatiale
L’exploration spatiale comporte de nombreux défis qui sont liés à la distance d’opération des équipements, au peu de données disponibles sur les projets en cours et à la technologie qui date de dizaines d’années. La recherche entreprise avec les rovers entraîne des problématiques en robotique. Par exemple, un robot ne voit pas tout de suite les points d’intérêt, contrairement à l’oeil humain qui se concentre de manière instinctive sur les composantes qui sortent de l’ordinaire dans un environnement. La recherche prend donc nettement plus de temps que si un humain pouvait lui-même se trouver sur Mars ou sur la Lune. De plus, l’exploration spatiale engendre des problématiques au niveau de la formation des ingénieurs, car ils doivent apprendre à utiliser des vieilles technologies et des vieux langages de programmation. Enfin, la recherche spatiale se fait dans des sphères où chaque projet est le premier en son genre et, donc, il existe très peu de recherches sur lesquelles les ingénieurs peuvent se baser pour résoudre un problème. Ils doivent alors constamment innover et être créatifs. La recherche se base donc beaucoup sur la simulation qui n’est parfois pas tout à fait représentative de l’environnement sans gravité de l’espace.

Financement et compétition
Il existe très peu de compétition dans l’industrie spatiale canadienne, contrairement aux États-Unis avec la NASA, car, au Canada, il y a un nombre restreint de compagnies qui peuvent réaliser les projets. Chaque entreprise a son expertise et ne produit qu’une partie des systèmes d’un projet de l’ASC. Enfin, au niveau du financement, le gouvernement se concentre présentement sur les projets de sécurité et de surveillance de l’environnement de l’ASC, mais n’exclut pas qu’il y a une possibilité de financer les projets d’exploration spatiale de découverte dans le futur.

Références
Propos recueillis par l’équipe de Poly-Monde lors de la visite du 14 février 2019
Histoire du corps d’astronautes canadiens. (2017, juillet). Consulté à l’adresse http://www.asc-csa.gc.ca/fra/astronautes/canadiens/histoire-du-corps-d-astronautes-canadiens.asp

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